Le Tableau Lacordaire d'Henri Fortin

Le Tableau Lacordaire et le Jeu de lumières d'Henri Fortin

Voici une description, d'après mes souvenirs, du "Tableau Lacordaire" et du "Jeu de lumières" que notre père Henri Fortin a construit vers les années 1950.

Selon mes souvenirs, c'est d'abord le "Tableau Lacordaire" qui a existé. La fonction "jeu de lumières" est apparue comme une deuxième étape dans ce projet.

Le Tableau Lacordaire. Le spectacle.

Le Tableau Lacordaire était une sorte de spectacle "son et lumières" qui racontait l'histoire des Cercles Lacordaire et Sainte-Jeanne d'Arc.

Au début du spectacle, toutes les lumières étaient éteintes. Un narrateur, papa sans doute, racontait qu'autrefois il y avait la croix de tempérance, une croix noire qui était exposée dans les familles soucieuses de tempérance. Une grande croix noire s'illuminait alors sur la scène. Je crois qu'il y avait des lumières dissimulées sous des abat-jours aux quatre extrémités de la croix et qui s'allumaient à mesure que le récit avançait.

Puis, le narrateur racontait qu'à Fall River, au Massachusetts, en 1911, un Dominicain, le père Jacquemet, fondait les Cercles Lacordaire et Sainte-Jeanne d'Arc. Au moment où le père Jacquemet était cité, un bouton Lacordaire, mesurant environ 16 pouces de diamètre, apparaissait sur la scène. En fait, le bouton "attendait", couché sur la scène, et, par un jeu de corde tirée dans les coulisses, le bouton se levait soudain et une lumière l'illuminait.

À mesure qu'un personnage important de l'histoire des Cercles Lacordaire était mentionné, un bouton était levé et illuminé. Parmi les personnages présentés, se trouvaient : Roger Ellyson, le président général des Cercles Lacordaire mort dans la tragédie de l'Obiou en 1950 ainsi que le Père Ubald Villeneuve, aumônier général. Selon les circonstances et l'endroit où le Tableau était présenté, des personnages locaux pouvaient apparaître dans le tableau vers la fin du récit pour leur rendre des petits hommages en passant.

Il y avait deux types de boutons Lacordaire : ceux représentant des hommes (les Lacordaire) et ceux représentant des femmes (les Jeanne-d'Arc). Le bouton des Jeanne d'Arc avait des petites ailes chaque côté du bouton.

Vers la fin du spectacle, l'ensemble de la scène était illuminé par de nombreux projecteurs de toutes les couleurs qui s'allumaient et s'éteignaient sous le contrôle de la personne qui se trouvait à la "console de contrôle", un meuble qui permettait de contrôler l'éclairage de tout le spectacle.

Dans les années 1950, les magnétophones n'étaient pas utilisés couramment. Le texte de narration n'était pas enregistré d'avance. Il était lu sur place par papa et maman (je crois qu'ils alternaient les voix pendant le récit). Il n'y avait pas de musique incorporé au texte, comme ce serait sûrement le cas si un tel spectacle son et lumières étaient présenté aujourd'hui.

Ce spectacle son et lumières se résumait donc à un texte lu, un décor qui s'animait et un jeu de lumières multicolores. Le spectacle devait durer environ 30 à 45 minutes.

Le Tableau Lacordaire. La construction.

Papa avait utilisé toutes sortes de matériaux pour construire le Tableau et le Jeu de lumière.

Il devait y avoir plusieurs centaines de pieds de fils électriques. Ces fils comprenaient de nombreux joints car papa recyclait des bouts de fils sans doute ramassés à l'usine d'Alcan où il travaillait. Ces très nombreux joints, enveloppés de ruban gommé noir, furent parfois la cause de nombreuses pannes temporaires, heureusement toujours résolues avant les spectacles.

Tous les fils aboutissaient dans un meuble qui ressemblait à un piano et que papa appelait "le contrôle". Le paquet de fils qui arrivait à cette console de contrôle avait un diamètre d'environ deux pouces. Chaque touche du clavier actionnait un contact relié, chacun, à une lumière (ou un groupe de lumières). Chaque touche était composée de plusieurs pièces : ressort, contact électrique, attache en cuir pour garder la touche baissée, la touche elle-même en bois. Je crois me souvenir que certaines touches s'actionnaient par les pieds, un peu comme une orgue.

En guise de réflecteur, pour cacher les lumières illuminant chaque bouton Lacordaire, papa avait utilisé des boîtes de métal vide, des boîtes de tabac à pipe de marque Alouette. Ces boîtes étaient découpées et déformées de manière à constituer des abat-jours.  J'ai retrouvé une de ces boîte dans un marché aux puces...

Au début du spectacle, tous les boutons étaient couchés, la face visible tournée vers le haut. Le poids de l'ampoule et de l'abat-jour était supérieur à celui du bouton car, dès qu'on le lui permettait, le bouton Lacordaire basculait et se levait bien droit. Une sorte de curseur se promenait le long d'un rail et, au moment où il passait près du bouton, le bouton se levait. Le curseur était tiré à l'aide de cordes à partir des coulisses. Qui tiraient ces cordes? Nous les enfants : Jacqueline, Murielle, Bernadette et moi Paul-Henri. Il fallait évidemment bien connaître le texte pour tirer sur les cordes aux bons moments.

Le Jeu de lumières

Le tableau Lacordaire comportait deux groupes de modules...

Il y avait tout d'abord les modules qui composaient le décor animé : la croix noire et quatre rangées de boutons Lacordaire.

Il y avait aussi, cachés dans les coulisses et par terre, des projecteurs. Ces projecteurs étaient des "spotlights" de 500 Watts recouverts de verres de diverses couleurs.

La console dont on a parlé plus haut contrôlait surtout ces projecteurs multicolores qui étaient montés par groupe de 4 ou 5 sur des colonnes verticales faites en bois. Il y avait aussi des projecteurs qui pouvaient se tenir horizontalement sur le sol, à l'avant-scène.

Quand le Tableau Lacordaire eut terminé sa carrière, il restait le "jeu de lumières" qui pouvait être utilisé pour éclairer toutes sortes de spectacles. C'est ce qui s'est passé.

Papa fut invité à de nombreuses reprises à fournir l'éclairage dans divers spectacles. Je me souviens de quelques-uns de ces spectacles. En 1956, à l'occasion du Centenaire de la réserve de Pointe-Bleue (maintenant Mashteuiatsh) au Lac-St-Jean, le jeu de lumières a servi d'éclairage à des spectacles de danses amérindiennes. Papa fut demandé au moins une fois pour éclairer un spectacle de danse de ballet, à Arvida je crois. Petit point amusant: papa avait été étonné, et même un peu choqué je crois, de voir évoluer les danseurs de ballet en collant.

Conclusions

Je me souviens que papa a travaillé de très nombreuses heures, pendant plusieurs mois, à construire ce tableau et ce jeu de lumières. Nous avons passé, papa ainsi que maman et nous les enfants, de très nombreuses heures à transporter, installer et présenter ces spectacles.

J'ai eu l'occasion de travailler beaucoup avec papa lors de la construction de tout cela et je me souviens de nombreux détails très ingénieux. Il y avait de nombreuses pièces et mouvements mécaniques et énormément de bouts de fils électriques. Dommage qu'il ne reste presque plus rien de cet "objet" car il s'agissait d'un véritable chef-d'oeuvre d'ingéniosité...

Il me reste ce petit objet, qui était une des douilles qui recevaient les projecteurs, les "spotlights" comme on disait.  On voit le petit système de boulons qui permettait d'orienter chaque projecteur.  Ce type de douille était assez intéressant: on pouvait y connecter facilement deux fils en vissant simplement une rondelle rouge. Donc on pouvait facilement installer une série de douilles alimentées par deux simples fils.

 


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